La page du prof!

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LE MAMMOUTH,
LE MAGAZINE PHOSPHORE EN PARLE!NUMERO DE JANVIER 2012
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    DECOUVREZ LES REPORTAGES DE JEAN-FRANCOIS FERNANDEZ
JOURNALISTE A FRANCE BLEU

OCTOBRE 2011
UN BEL ARTICLE DANS L'EST REPUBLICAIN!
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LE SITE ACTUALITTE PARLE DU MAMMOUTH
A DECOUVRIR!

 
OCTOBRE 2011
 
IL EST ENFIN ARRIVE...
LE TOME 2 DES ECHOS GRAPHIES DU MAMMOUTH!!!!!
 
Après le tome 1 rédigé par 15 membres du personnel (ouvrage toujours disponible!!), la parole appartient cette fois aux jeunes, de la seconde aux BTS, ils sont eux aussi 15 à raconter leur quotidien au lycée Belin de Vesoul!!!
 
332 pages
Disponible en ligne sur www.TheBookEdition.com (cliquez sur la couverture ci-dessous)
au CDI du lycée
auprès de Pascal Truchet
au centre Leclerc de Vesoul
 
Profs, anecdotes, coups de gueule, émotions, événements, vous saurez tout!!!!
Tribune Lycéenne volume2

Juin 2011
Trois nouvelles journées avec la réalisatrice Jocelyne Saab!
Trois journées pour réaliser un documentaire à destination du Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul en février 2012!
Trois journées de découvertes, de partage, d'amitié, d'apprentissage de la caméra et des métiers du cinéma!
 
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JUIN 2011
PUBLICATION DE
NECROMIGAS
CONTE FANTOMATIQUE VOLTAIRIEN
REDIGE PAR LES 1STI DU LYCEE
 6,06 euros, disponible en ligne (cliquez sur l'image)
 
 
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TRAVAIL POETIQUE DES SECONDE4 : TEXTES ET PHOTOS
 
 

 
 

 
SEPTEMBRE 2010
PARUTION D'UN LIVRE UNIQUE SUR LE MONDE DE L'EDUCATION:
LA VIE D'UN LYCEE RACONTEE PAR QUINZE MEMBRES DU PERSONNEL, DE L'AGENT D'ENTRETIEN AUX PROFS EN PASSANT PAR LE PROVISEUR, LA CPE... A NE PAS RATER!!
 
 
couverture du Mammouth 
 
 

 
Mai 2010
Publication d'un ensemble de textes baptisé
"Le Chat qui danse"
 
   A l'insu de leur prof d'EPS, 34 élèves de seconde du lycée Edouard Belin de Vesoul ont passé l'année à scruter les faits et gestes de celle pour qui le sport et la danse sont une passion... Est né cet ouvrage surprenant fait d'humour, de tendresse, de regards décalés.
   6 euros 99 publié chez TheBookEdition.com, cliquez sur la couverture pour vous procurer ces pages qui vont contre les clichés: il suffit parfois de peu de choses pour réconcilier les jeunes avec leur langage et faire de l'enseignement un moment d'émotion.
   Ci-dessous, des photos de la surprise réservée à leur prof, la préface et la postface.
Bonne lecture!
 
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PREFACE
 
            Ce livre aurait pu s'appeler «The cat who dancing», «Die katze tanz», peut-être «Кот который танцуют» ou bien «El gato quien baila». Si, par curiosité, vous souhaitez traduire ce concentré de mots, vous obtiendrez rapidement : «Le chat qui danse».
            Ne cherchez pas à comprendre le pourquoi de ce titre, je ne saurais vous répondre pour le moment. Je pense qu’après avoir lu ce livre, la question ne se posera même plus.
 
            Cependant, je me dois de vous informer que ce livre ne relève pas du registre fantastique. Ce n’est pas non plus un livre d’aventure, même si nous allons vous entrainer dans l’univers si inattendu du Gymnase Michel Leroy, à Vesoul. Nous ? Oui, car en réalité, ce livre est le concentré de savoureux récits des élèves de Seconde 8 du lycée Belin à Vesoul, racontant la vie d’un chat gourmand de sport. Bien évidemment, vous imaginez qu’il s’agit là d’une figure de style, et que le précieux livre que vous tenez entre vos mains en est rempli.
 
            Nous vous raconterons l’histoire du Chat dans les moindres détails. De la colère du jeudi noir, non pas à Wall Street mais au gymnase, en passant par sa magie de transformer nos muscles en Chamallows et autres friandises, sans oublier nos différentes tentatives de corruption, tout vous sera raconté.
 
            Ce livre est né des drôles d’idées de notre professeur de français. Tout se passe un après-midi de novembre : « Et si nous écrivions un livre sur votre prof’ de sport ? - El gato quien baila ». Et comme si nous avions reçu un sort, nous nous sommes de suite posé d’innombrables questions : Thé ou café - Football ou Handball - Pomme ou orange - Espagnol ou Anglais etc ? Vous pouvez vous imaginer toutes les questions !
 
            Alors, nous sommes devenus Enquêteurs Hebdomadaires, un beau mot pour désigner les personnes qui enquêtent tous les lundis, c’est-à-dire, nous.
            Nous avons donc monté un atelier clandestin à ce vulgaire premier étage du lycée, où, décidément, les couleurs ne sont pas joyeuses. Ce sentiment de secret a nourri en nous une envie profonde d’écrire, et d’exprimer tous nos sentiments sur ce drôle de chat.
            Malgré ce sentiment de bonne humeur, nous avons, parfois, rencontré  des difficultés, de l’ordre du technique. Pour ne vous citer qu’un exemple, lorsque Toshiba, notre magnifique outil de rédaction nous a quittés pour quelques temps, ou alors lorsque notre chère camarade Camille a laissé paraitre sur son visage une marque de «Je n’en ai rien à faire», même si elle adore Mme Le Chat.
            Notez bien ce prénom : Adelanis. Lorsque vous lirez son poème, vous risquez d’être surpris par la beauté, le concentré de figures de style, le chef d’œuvre réalisé par le poète de la classe. Notre professeur a même dû le proclamer « Poète de la cour ».
 
            Ce livre est magique. Les différents styles d’écriture, le récit de la transpiration, les figures de style des pieds du chat qui, se déplaçant doucement, donnent l’impression de danser le « CHATCHATCHAT » !
 
            Ce livre a été écrit pour raconter la «formabilité», terme inventé pour ce livre, d’El Gato Quien Baila, ou plutôt, le chat qui danse si vous traduisez de l’espagnol… raconter sa facilité à nous comprendre, ses délicieux encouragements ou ses délicats mouvements, peut être sa méchanceté à nous tirailler, mais aussi ses drôles de pieds qui aiment tant danser.
            Après avoir joué aux agents OO7 avec Monsieur M, nous vous fournissons le rapport complet sur Madame Gatto, notre professeur de sport, dans ce présent ouvrage.
 
            Maintenant, mes camarades,  notre professeur et moi-même, nous vous invitons à tourner la page, pour commencer l’aventure, danser, vibrer avec « LE CHAT QUI DANSE » !
 
Jean-Baptiste Fournot
 
 
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Postface
 
C’est les vacances… heure tardive… je relis les textes que ces jeunes gens ont composés et je pense à toi, à ce que pourraient être tes réactions à la lecture de cette longue métaphore filée, à ces regards qui t’ont scrutée de longs mois durant, guettant les gestes, les intonations, les forces et les failles d’une danseuse félidéenne… Ils ont travaillé dur pour faire se lever le vent sportif, ils y ont réfléchi à l’idée qui rendrait leur texte différent des autres, ils sont tous venus, chaque lundi, une heure par semaine, pour composer, rayer, recommencer, exerçant leur jugement impitoyable, dans le délicieux parfum d’une surprise pour quelqu’un qu’ils aiment, simplement.
Leur enthousiasme a été leur réponse à ton investissement, leur façon de briser notre solitude et de faire naître l’écho de tes consignes, la réponse à tes questions et de réussir à combiner tes gestes à leurs mouvements. Il y a ce que tu as sous les yeux qui est la matérialisation de notre travail de prof pas si évanescent, qui donne des contours à la transformation invisible des esprits en mutation, et ce que tu ne vois pas que je tente de te décrire : leurs regards parfois désabusés genre « pfff mais c’est nul m’sieur ce que j’ai fait ! », les rires très souvent à la découverte d’une invention inattendue, d’un bon mot quand ils osent (et il en faut du courage pour surprendre un lecteur en virevoltant dans la syntaxe), les initiatives, celle de Jean-Baptiste, un peu timide, un peu décidé genre « m’sieur, c’est vous qui allez la faire la préface ? Non… euh… c’est parce que j’ai des idées » (et me voilà relégué en dernière division mais ému, oh combien ému de cette prise de pouvoir !), les cafouillages aussi du style « mais m’sieur, j’ai pas le texte, c’est machine qui l’a et elle a rendez-vous chez le médecin aujourd’hui ! », les corps courbés sur la table, les yeux rivés à la feuille ou perdus dans le lointain dans le mythe de l’inspiration quand il ne s’agit que de penser à toi, les anecdotes et les petites phrases sur ta voiture, tes bouts de cheveux ou tes tenues improbables, l’émerveillement de tous à la lecture du poème d’Adelanis qui, je l’espère, se réconciliera avec son langage…
Nous avons tous été complices d’un projet qui nous aura soudés. Le pacte était bien scellé dès le départ et nous sommes tous entrés dans ta danse au rythme de ta musique, au gré de tes inventions, au pas de ta cadence.
C’est mystérieux, une façon d’enseigner. C’est un étrange alliage de nos convictions, nos humeurs, nos envies, nos projets, nos connaissances, nos croyances, c’est la marche forcée du corps, du cœur et de l’esprit, c’est se tenir seul face à 34 autres corps chargés d’histoires, dans la confusion ou la lucidité de l’adolescence, et tenter de les mettre en mouvement, de créer la marche vers la liberté.
Nous n’avons pas réalisé ce projet en adoptant la posture du juge. Nous avons avancé dans le souci du rire ou du sourire, pour qu’ils tentent de vaincre leur timidité langagière. « Mais allez-y, vous êtes trop gentils, faîtes dans la caricature ! Mais non, n’ayez pas peur, je vous assure, elle a de l’humour ! Mais non, elle le prendra pas mal ! Mais si, c’est marrant l’idée du slow qui finit par un bon roulage de pelles ! ». Bon, je dois bien reconnaître que ça a tellement bien fonctionné que j’ai un peu beaucoup essayé de les dissuader d’écrire « ta gueule Nathan »… j’ai bien tenté un « et si on mettait « ferme-la », ou « la ferme » », mais rien à faire, ils ne sacrifieraient désormais plus rien à l’effet recherché : « non monsieur, « ta gueule », c’est quand même plus marrant ! ». Comme ils avaient raison…
Cet ouvrage restera une trace dans ton parcours professionnel. Derrière la poésie de leurs mots, les craintes de te décevoir, les renoncements et les reprises, derrière l’apaisement d’une joie commune, la douceur d’un secret partagé, tu trouveras comme un reflet, une bulle légère dans laquelle dansent des regards devenus familiers.
 
                                                                       Pascal Truchet
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Parution du premier livre de Quentin Muller, 2de8, intitulé
"Passe-Temps"

PREFACE
C’est l’histoire d’un pari perdu… L’histoire d’une figure de style à déceler dans un vers jeté à la volée, un peu crâneur, le prof, « allez, une surprise à celui qui trouve la figure ! », sûr de lui, le prof, personne n’allait trouver… C’était sans compter Quentin et sa perspicacité, et son sens de l’analyse !
Quentin, nous avions discuté un peu en début d’année et il m’avait avoué écrire, que peut-être un jour il serait publié… Voilà qui est fait, cher Quentin. C’est un premier ouvrage qui gardera le goût du spontané et de la jeunesse, et des espoirs, et des rêves, et des envies qui nous poussent tous en avant.
A toi de faire grandir ton style, d’aller toujours plus avant dans la maîtrise du langage ! A toi de faire rêver tes lecteurs, à toi de les emmener là où tu le décideras, à toi d’exercer ta liberté ! Ne renie jamais tes mots de jeune adolescent fougueux, ils sont une trace de vie, des élans non contenus, des preuves d’existence.
                     Pascal Truchet


33 élèves de première littéraire ont rencontré l'auteur de "L'Homme incendié" Serge Filippini. A cette occasion, ils lui ont remis le recueil humaniste qu'ils ont écrit à son intention: "Les élèves incendiés". Après deux mois d'étude, les élèves ont pu poser toutes les questions qui les taraudaient (certaines farfelues!) et ont obtenu des réponses d'une richesse intellectuelle remarquable. La rencontre s'est terminée par une séance de dédicaces et un joyeux festin. Serge, un immense merci pour ce si beau moment que nous n'oublierons pas!


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20 novembre 2009
PREFACE
 
 
            Très cher Serge,
 
            C’est un long voyage que nous avons entamé en votre compagnie et celle de Giordano Bruno. Dire que mes élèves et moi-même ne vous connaissons pas serait mentir tant nous avons passé de longs moments au plus près de votre style qui est voix, qui est poésie sans cesse renouvelée, qui est rythme, et pensée, et palpitations. Nous avons recherché des peintures, tenté de regarder droit dans les yeux les humanistes, essayé d’élucider les nombreuses références qui nourrissent votre texte, arpenté les rues européennes, juré contre les Inquisiteurs, été fascinés par les découvertes prodigieuses des grands esprits scientifiques de ces siècles passés, haleté en sentant le roman fondre à vue d’œil, saisi dans l’oubli de la mort inéluctable de Giordano.
Nous ne croyons pas aux esprits faibles qui opposent littérature et sciences. Nous nous tenons dans la conviction que la vérité du savoir relève du monde dans ses domaines les plus variés. Nous ne nous définirons plus dès lors que comme des littéraires scientifiques.
Nous sommes dans l’impatience de vous rencontrer le vendredi 20 novembre. Nous sommes, il est vrai, voyeurs et curieux d’associer à cette voix poétique un corps. Nous ferons des gâteaux, promis, pour rendre ce moment festif et amical. Nous avons conçu ce livre comme un échange, comme un partage.
Derrière le nom désincarné « d’élèves » se cachent des adolescents torturés de n’être plus vraiment des enfants, pas encore des adultes. Derrière ce qu’on nomme « devoir » se cachent des textes, des engagements de l’âme et du corps, des figures souvent surprenantes et d’une violence inouïe. Ils n’avaient pas lu votre livre lorsqu’ils ont composé leur chant. « Faites des recherches sur l’Inquisition et rédigez les premières pages du journal intime d’une femme condamnée à mort en février 1600 ». Il s’agissait pour moi d’une triple ruse : qu’ils aillent d’eux-mêmes fouiller dans les livres d’Histoire, qu’ils soient dans l’attente et l’imagination des premières lignes de L’Homme incendié, qu’ils confrontent enfin leurs propres images aux vôtres. Il ne s’agit donc ni de parodie, ni de copie, encore moins de comparaison. Qu’ils mettent leur colère au service de l’écriture, qu’ils nourrissent la connaissance de leur révolte, qu’ils apprennent la patience et la lenteur dans le travail du texte, qu’ils matérialisent leurs pensées dans un objet, qu’ils offrent cette énergie déployée et se rapprochent enfin de ces écrivains qui semblent parfois lointains.
Très cher Serge, nous vous accueillerons du mieux que nous le pourrons, soyez-en sûr. Nous vivons dans l’impatience absolue et la joie d’un échange. Au travers des dizaines de regards qui vous scruteront, ne soyez pas inquiet, vous y lirez, je le souhaite ardemment, de la reconnaissance pour un si beau et si terrible voyage, comme un début d’incendie.
 
Pascal Truchet


Octobre 2009
Avec Emmanuel Daguet, nous sommes allés au centre de formation de Grandvillards faire une conférence auprès des futurs entraîneurs de foot. Ci-dessous, notre support.


Septembre 2009
Le Cercle des footeux disparus, on en parle encore!
Publication d'un reportage d'une page dans le magazine de la FFF, Foot Mag!

IL EST SORTI... LE LIVRE DES FILLES DE LA SECONDE 3 !
"JE LIS DONC JE SUIS..." !
(cliquez sur la couverture pour acquérir le livre)
135 pages, textes et dessins, 9 euros, disponible en ligne: il suffit de cliquer sur la couverture ci-dessus! En attendant votre livraison, en exclusivité sur ce site la préface, quelques unes des illustrations et des extraits! Cet ouvrage est destiné:
- aux petits qui ont cinq ans: le petit phoque Shaïko est amoureux de la jolie oursonne Naïa, le problème, c'est... qu'il ne sait pas nager et qu'il manque de confiance en lui...
- aux grands de primaire (CM1-CM2): comment être pirate quand on est une femme? comment séduire quand on est désespérément maladroit? Rires garantis!

- aux collégiens: le journal intime d'une poupée plastique vous fera sombrer dans les tréfonds d'une jeune fille totalement superficielle et fan de... Paris Hilton!
- à tous ceux qui ont un peu de sensibilité: "Les confessions d'un papi du siècle", pièce en un acte, ou comment susciter l'admiration de son petit-fils quand on est aux portes de la mort...
 
Excellente lecture à tous!



 PREFACE
 
-          M’sieur, vous faîtes un livre avec les GM (une des abréviations barbares dont l’éducation nationale a le secret) et nous alors ? Pourquoi on n’en fait pas un ?
-          Mais si vous voulez, aucun problème. Vous voulez faire quoi ?
Silence. C’est vrai, elles n’y avaient pas pensé, les filles de la seconde 3. Faire un livre, un truc en carton avec des feuilles dedans, des numéros de pages, des titres, une jolie couverture, signer des dédicaces, passer dans la presse, ça oui, c’est le succès, la reconnaissance, c’est exister, c’est être. Elles avaient simplement omis un petit détail : que dire ? Non qu’elles n’avaient rien à dire, mais que dire qui traverserait le temps, que dire qui serait susceptible d’intéresser, que dire de singulier ? Leur stupéfaction était significative, leur travail d’écrivain venait de commencer.
 
Passons directement à l’étape finale, la recherche du titre. Débats contradictoires. Le prof propose : « voix », ou « voix féminines », allez, avouez que ça sonnait bien, ça aurait « claqué » (comme ils disent métaphoriquement), eh bien non, pas question, « c’est nul m’sieur, il est nul votre titre ! » ! Nul ? Nul ! Mon titre ? Nul mon titre ? Ami(e) lecteur, lectrice, sauvez-moi de cet affront, de cette rébellion féminine, vengez-moi, fermez le livre, ne le lisez pas, non, ne le lisez pas !
 
Quinze jours passent… un petit miracle dont seul ce métier est capable… un esprit agile lève la main, une main qui va faire l’unanimité : « Monsieur, j’ai réfléchi au titre pendant les vacances, je ne sais pas si ça va plaire… j’ai pensé à… « je lis donc je suis »… ». Liesse générale, enthousiasme, contentement des esprits heureux d’avoir trouvé… bonheur du prof qui se souvient du premier cours de l’année, de la première heure où nous avions évoqué ce terme étrange à leurs oreilles, mal défini, « littérature », de la première citation qu’il avait lancée comme un défi : « serez-vous capable de vous souvenir dans quelques semaines de René Descartes, de savoir qui il était, et de cette phrase latine, cogito ergo sum laquelle est devenue ensuite cogito, sum pour des raisons que je vous expliquerai, serez-vous capable de la traduire ? » L’orgueil a du bon, il grave la mémoire, il inscrit dans le temps… ce livre me semble donc un bel hommage à cette première heure de cours, merci Lucie… N’empêche, voix féminines, c’était bien aussi, voix féminines, voix féminines… grrrr…
 
Entre ces deux anecdotes, le projet, un dessein original et tendre : réaliser un ouvrage pour leurs futurs enfants (pauvre planète, décidément, rien ne lui sera épargné !) ! Ce sera donc un ouvrage évolutif, un ouvrage de tous les âges, un ouvre-âges en quelque sorte… Une telle idée dit beaucoup : ces jeunes filles dont la préoccupation principale est de critiquer la sainte femme qui les a mises au monde, de fuir les tâches ménagères, de noter leurs états d’âme sur Facebook (ce terme, espérons-le, ne dira plus rien à personne quand elles auront leur progéniture dans les bras – dis maman, c’est quoi fessebook ? et c’est qui ce monsieur qui parle au début du livre ? – Un type un peu bizarre qui a essayé de m’apprendre à écrire), ces jeunes filles lancées dans la course au prince charmant (éh éh, il n’existe pas, je vous l’ai déjà dit !), farouchement accrochées à leurs idéaux et dans l’opposition systématique aux conseils et autres recommandations, bref, dans une conception éculée de la liberté (et alors ? si j’ai envie de faire une phrase interminable, je fais ce que je veux !), ces jeunes filles s’imaginent un soir tendre d’octobre, au coin du feu, leur jeune marmot bien calé contre leur épaule, « mon chéri, ce soir, je vais te lire une histoire »… L’enfant s’imagine Perrault, Peter Pan ou une fée quelconque et il a les yeux qui brillent… « Mais cette fois, c’est différent, c’est une histoire que j’ai écrite, en pensant à toi, spécialement pour toi, bien avant ta naissance. Alors voilà, c’est l’histoire de… »…
      Il faut les voir à l’œuvre, les filles de la seconde 3, dans la ferveur de l’invention, de la trouvaille singulière, étonnées elle-même du pouvoir de leur propre langage, soulevant les problèmes les plus épineux, du nom d’un gâteau pour Shaïko le petit phoque aux rouages complexes de l’humour, et elles n’en manquent pas !
      L’ouvrage que vous tenez dans les mains est évolutif : une histoire pour chaque âge de la vie, du conte à la scène de théâtre, de la fable au journal intime. Parents, n’oubliez pas que ces jeunes auteurs ont été vos petites. Ces petites qui sont à l’âge si difficile (le plus difficile ?) ne sont pas encore tout à fait des femmes, ne sont pas des enfants, plus vraiment des adolescentes. Considérez cet ouvrage comme un hommage à la tendresse que vous leur avez apportée, que vous leur avez transmise et qu’elles restituent à travers la beauté émouvante de leurs textes.
      Enfin, projetons-nous dans le temps… A toi qui es l’enfant de ces jeunes filles, je voudrais te dire que tu as de la chance : la maman qui te tient dans ses bras sait raconter de jolies histoires, elle sait inventer les noms les plus amusants, provoquer le rire réconfortant. Ta maman a aussi été une jeune fille qui ne faisait pas ses devoirs, ou qui traînait les pieds pour aller en classe parfois, qui se moquait de ses enseignants (lesquels étaient pourtant les meilleurs du monde ! Et les plus modestes !), alors, mon petit, par pure vengeance, je t’autorise à ne pas aller au lit à l’heure où elle veut te forcer à dormir, je t’encourage à réclamer une autre histoire, une inédite, une qu’elle devra inventer, rien que pour toi, seulement pour toi, grave ces moments et n’oublie jamais la tendresse infinie que ces mots t’ont procurée… 
 
 
 
                                                                                        Pascal Truchet


Shaïko et Naïa
Extrait

La sonnerie annonçant la fin de la récréation mit fin à la discussion. Shaïko avait enfin trouvé un moyen de rencontrer sa voisine : il irait lui parler lui-même, mais comment ? Le seul moyen était de se rendre sur la banquise où habitait la famille ourse. Pour y aller, il fallait nager et Shaïko ne savait pas nager. Il était triste, il ne pouvait pas aller à la rencontre de la petite oursonne.
<< _ Si seulement je savais nager, pensait-il. Tous mes copains savent mais moi non. Je ne peux pas leur demander de m’apprendre, ils vont se moquer de moi… Je suis vraiment trop nul ! >>, se dit le petit phoque qui perdait espoir.
 
 
Coeurs de pirates
Extrait

   Un jour, au port de Krash' Mollart, Jim le Brave fit son retour pour la première fois depuis longtemps. Il amarra son bateau : il était grand, avec plein de canons, au moins soixante! Son bois était impeccable. Il y avait de grandes voiles noires avec un drapeau de pirates. Vraiment, un bateau magnifique, il se nommait : The Black Poal. Jim revenait à sa ville natale car il avait un problème : il lui manquait un pirate pour partir à la conquête de nouveaux trésors et c'est dans sa ville que les jeunes pirates étaient connus comme les meilleurs de tous. Il déposa des affiches dans tous les coins du port en espérant trouver quelqu'un qui corresponde à ses critères.
   Au bout de quelques jours, il rassembla toutes les personnes qui étaient candidates mais il ne trouvait personne à son goût :
«- Bonjour, dit Jim.
- Bonjour, je me présente, j'ai dix-huit ans, je m'appelle Molle...
- Ouais, ben moi c'est Dur... AU SUIVANT!... Bonjour, quels sont vos talents?
- Euh, et bien je sais faire un moelleux au chocolat noir surmonté de sa boule de glace vanille accompagnée de son coulis de framboises agrémenté de chantilly et saupoudré d'amandes!
- Je crois que tu t'es trompé de casting mon petit, tu sais pas lire? AU SUIVANT!… Alors, et vous, que cherchez-vous à montrer en vous engageant dans cette aventure?
- Je ne suis pas là pour ça! Je cherche mon doudou-câlins Petit Lapin Bleu. V'savez pas où il est par hasard?
- AU SUIVANT!!!... J'espère que vous m'aiderez! Qu'aimez-vous dans le métier de pirate?
- Aloure, gué moi que ye n'aime ch'est goniée des grosses claouques aux meuchants!!
- Excusez-moi je crois qu'il y a un problème de communication là! AU SUIVANT!!... Toi ! Quel âge as-tu?
- J'ai soixante-huit ans.
- Et visiblement, pas toutes tes dents! SUIVANT!... Euh, sinon tu fais quoi toi dans la vie? demanda Jim au jeune homme disposé devant lui.
- Je fais du tricot avec ma mère-grand, répondit le garçon qui sourit et laissa apparaître les restes de son dernier repas.
- Tu connais pas les chewing-gums Airwaves??? fit Jim en se bouchant le nez d'un air dégoûté.».
Jim, après tous les ratés qui avaient précédé, finit enfin par trouver LA perle rare. Il rentra, en compagnie de la nouvelle recrue, pour la présenter au reste de l'équipage et même à son vieux perroquet Chico:
«- Hé hé! Ça y est nous sommes au complet mes braves! J'ai enfin trouvé le dernier canon du bateau. Ha! Allez viens, présente-toi à l'équipage le bleu!
-Haem, salut à vous! Je suis fier d'avoir été choisi, vraiment, un immense honneur les gars. Vous m'avez l'air sympa! lança le pirate d'une voix hésitante et fausse.».
   Soudain, il y eut un gros coup de vent et le chapeau de celui-ci s'envola et laissa apparaître une grande et belle chevelure blonde. Le visage de la nouvelle recrue n'était pas celui d'un homme, mais celui d'une femme!
   Tous les pirates se rendirent compte alors qu'il s'agissait d'une jeune femme et les critiques fusèrent ; ils riaient aux éclats:
«- Ouah! La gonzesse!
- On n’a pas besoin d'une quiche molle à bord...
- Merci mon capitaine, on cherchait justement quelqu'un pour passer la serpillière!
- Pas de ça chez nous!
- Une femme, ça fait que des embrouilles.»

 
Journal intime d'une poupée plastique
Extrait


 

Confessions d'un papi du siècle
Extrait

       (En transe de nouveau, levant les bras au ciel, sa canne dans la main droite)
 
Oui, oui, tu as tout compris, je suis le roi ! Le roi du monde, celui qui a fait bouger la planète, celui qui a inventé le fard à paupières, le téléphone portable, ou l’imprimerie. (Insistant et décomposant ses mots) J’ai donné plus d’un million d’euros aux pays émergeants ! C’est pour cela qu’aujourd’hui, ce mot terrible de « pauvres » n’apparaît plus sur nos lèvres. Mais c’est maintenant le problème de la crise, (d’une voix redevenue naturelle) mais bon, ce n’est pas bien grave, il faut que je voie ça demain avec ma banque. C’est donc aussi pour cela que j’ai voulu imposer les écoles mixtes, pour ne plus qu’il y ait d’inégalités. J’ai établi l’euro il y a quelques années, pour voyager librement et sans contraintes, je trouvais ça tellement énervant d’échanger la monnaie même entre les pays européens ! Oui, quand nous sommes unis, il faut savoir faire les choses ensemble et en commun. Cette liberté atténue les conflits, tu le vois bien, depuis plus de trente ans nous n’avons plus de guerres, grâce à moi ! C’est pour cela qu’il faut que tu voyages, petit, loin, partout, pour voir ce qui va ou ne va pas. A ton tour, tu accompliras de grandes choses, tu me remplaceras, mais pas avant quelques siècles car je suis immortel, tu sais. Oui, en Afrique, j’ai rencontré Hamatadou, ce magicien, qui m’a donné le pouvoir d’être immortel, et il m’a dit que celui-ci se reproduirait de génération en génération. (Avec un petit regret) Bon, c’est vrai que pour cela j’ai dû sacrifier une de mes personnes, la plus tendre, cette chère testicule, (Reprenant ses esprits) mais c’était pour la bonne cause, n’est-ce pas ?

 

 
Publication par les élèves de 1ère GM1 d'un recueil de textes:
Le Cercle des footeux disparus

Lisez la lettre que Philippe Delerme a evoyée aux élèves:

Reportage diffusé sur France 3 dans le 19-20 édition Franche Comté et le Midi pile du lundi 26 janvier 2009.

Le Cercle des Poètes disparus (extrait)
 

 
L'article a été écrit par André Moissé et publié le mercredi 21 janvier 2009 dans l'Est Républicain:

Le foot comme devoir
 
Ces vingt lycéens de Belin rêvent d'être ingénieurs ou techniciens en génie mécanique.
Commencé par un match de foot, leur grand moment de l'année sort en bouquin!
 
"Le match qui a bouleversé ma vie", assure Ervin, Français depuis seulement trois ans. Car la plus importante, c'est la troisième mi-temps! "On a fait un match en relevant nos émotions pour écrire un livre", résume Florian, pour qui "il n'y a que le foot pour provoquer de telles sensations". Sauf que l'un des deux Mathieu a raison de temporiser: "Du foot mais pas que..."
Peu après la rentrée, à l'heure du premier cours, les 1ère en génie mécanique (GM1) en éducation physique et sportive avec leur prof Manu Daguet, délaissent le gymnase Michel Roy pour le terrain stabilisé du Montmarin.
Autour d'un arbitre, dix-huit garçons courent après un ballon. Un rôle sur mesure mais "pas facile" est dévolu à Pauline la seule fille de la classe: "immortaliser les joueurs" par la photo. Un chariot de grand magasin est même réquisitionné pour servir aux travellings d'une vidéo...
Johann et Mohamed et les autres amoureux du foot "prennent leur pied", mais ni Damien ni Mathieu, transis par le froid, si ce "humiliés" avec un "ballon de plomb".
Au coup de sifflet final, les verts félicitent les rouges. Certains ont vu des maillots blancs et un score de 2-0 quand c'est 2-1 pour les autres. Pas facile, n'est-ce pas?, de relater un match de foot!
L'anecdote ne saurait, bien sûr, masquer l'essentiel.
Car Pascal Truchet, le prof de français, leur a proposé ce défi: chacun fera un texte et l'ensemble, un livre...
Joël ne le cache pas, "on a pris du plaisir à écrire sur le sport qu'on aime". Pour Julien (qui s'est mis "dans la peau du ballon"), la joie de jouer ensemble devient double quand "on mêle sport et littérature".
En entrant sur le stade, "le stress" n'épargne pas Ervin. Bientôt, il "ne s'en remet pas": "On s'est pris un but par le même ballon que j'espérais défendre..." Mais, pour lui et ses camarades, quelle joie de surmonter ensuite l'heure de l'écriture!
Voilà, c'est une jolie histoire, pédagogique, qui change un peu de Voltaire et du roman. Le français, quand on apprend à le maîtriser, ce n'est plus "la galère". Comme si "une fée" avait changé plus que le regard de vingt lycéens.
Car, selon Pascal Truchet, "la joie a besoin de l'entente du corps et de l'esprit pour voir le jour".
 
 

 
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PREFACE
 
Ecrire, c’est d’abord oser écrire. Comment et pourquoi construire un texte quand on a choisi une filière où le français n’est pas a priori la priorité, où trouver l’impulsion quand on traîne derrière soi des années de disette lexicale, comment assumer des heures passées à choisir des mots quand les notes accumulées laissent le sentiment âpre de l’échec ? Que penser de ce cinglé qui débarque à la rentrée et qui proclame haut et fort, content de lui, que non seulement nous, les réfractaires à la littérature, nous allions apprendre par cœur du Ronsard, du Saint-Amant, du Nerval et du Verlaine, mais qu’en plus, nous allions créer un livre ? Un livre… ! Pourquoi pas faire des phrases correctes tant qu’on y est ! Seize ans que je me bats pour ne pas appliquer les règles les plus élémentaires, pour envoyer bouler les accents et autre accord du participe passé conjugué avec l’auxiliaire avoir, pour enfermer à triple tour dans les oubliettes de la mémoire les mots de plus de deux syllabes, alors même que la victoire semblait proche, la ligne d’arrivée bien en vue, la dernière année de résistance amorcée, et il croit, lui, que je vais participer à… un livre ! Cause toujours…
 
Bien. Un peu de silence s’impose. L’écriture comme la lecture a besoin d’espace pour s’exercer, le calme d’avant le match. Revenons ensemble à quelques vérités que notre société semble avoir trop souvent oubliées.
Il est dangereux de s’exprimer pour deux mais j’ose affirmer que, Manu et moi, nous travaillons dans la conviction que la joie a besoin de l’entente du corps et de l’esprit pour voir le jour, que la connaissance n’est en rien réservée à une élite, que les plus grands textes n’ont pas été écrits pour une filière scolaire ou un arrondissement privilégié, que c’est par l’exigence qu’on obtient de grands résultats, qu’il n’y a aucune pertinence à opposer manuel et intellectuel, qu’on peut vivre la ferveur d’un match de foot puis se délecter, la nuit venue, à la lecture d’un bon roman, qu’aucune part de ce qui constitue la vie n’échappe à l’écriture, que le plaisir est bien plus savoureux lorsqu’il est précédé d’un effort, que la victoire sur le terrain vert ou face aux buts du langage nécessite une entraide salvatrice et réconfortante, que l’écriture et le sport demandent des qualités semblables, l’honnêteté, l’énergie, l’acceptation de ses qualités et défauts, que ce sont deux apprentissages parfois douloureux, parfois euphorisants, lesquels réclament endurance et ténacité, entraînements répétés dans l’attente de la confrontation aux autres - joueurs ou lecteurs - qui se fait, au final, confrontation à soi-même.      
Emmanuel Daguet, c’est le contraire du cliché, c’est un sportif qui lit, qui réfléchit, qui médite, qui philosophe. Une culture physique et littéraire en somme. Quant à moi, je suis (en toute modestie !) le génie littéraire autoproclamé du siècle naissant et je fais semblant d’être sportif. Un duo prometteur en somme. Alors oui, organisons un match de football, rendons-les sensibles à leurs émotions, travaillons la focalisation, mettons en scène, alignons-les, filmons-les, photographions-les, rendons-les compléments d’objet direct, complémentaires, qu’ils se prennent pour des Zidane, des Pelé, des Rimbaud ou des Lautréamont, cessons de nous mentir, toute réalisation est d’abord une conception, une forme trouble de rêve éveillé qui décuple l’énergie et donne l’impulsion de frapper dans la balle pour faire se lever les foules et les phrases.
 
Ecrire, c’est donner de la voix et le livre devient tribune, c’est affûter ses stylos comme on chausse ses pointes, c’est mobiliser ses connaissances qui sont des équipiers fidèles, c’est inventer le geste inédit qui surprendra l’adversaire et le lecteur, c’est accepter l’effort pour la beauté du jeu, c’est faire le spectacle, s’égosiller de rage ou d’émerveillement devant une action ou une métaphore, c’est planifier ses idées, élaborer une tactique, faire le point, reprendre son souffle, maîtriser la peur de ne pas être à la hauteur, croire en soi. Ecrire, c’est doser subtilement la retenue et l’engagement, la réflexion et l’instinct, la tradition et la création, la répétition et l’innovation pour, dans un instant de grâce, accomplir le miracle inespéré et pourtant désespérément attendu d’un ballon propulsé au fond d’un filet, d’un récit projeté au fin fond d’autres entrailles.
 
Un jour, par hasard, dans dix ans, vint ans, peut-être plus, vous retrouverez, un peu jauni, poussiéreux, sur une étagère encombrée, cet ouvrage que vous aviez oublié. La tentation sera alors grande de l’ouvrir à nouveau, de redécouvrir ces mots qui étaient les vôtres et que vous aviez patiemment assemblés, ce langage qui depuis lors aura évolué, ces photos qui conserveront à jamais le souvenir des visages heureux, fatigués ou résignés, d’un matin glacial de l’année 2008. Vous retomberez peut-être alors sur ces phrases, et c’est votre passé avec ses naïvetés, ses espoirs et ses imperfections que vous vous prendrez en pleine face, dans le sentiment démultiplié que quelque chose a alors été accompli, que vous n’étiez pas si seul, un sentiment bizarre s’emparera alors de vous, sorte de nostalgie peut-être, amusement de l’adulte confronté à celui qu’il était alors, le temps aura passé, le corps ne sera plus le même, le regard sera mieux aiguisé, le cœur davantage chargé, mais, quelle que soit alors votre vie, des voix et des visages familiers surgiront de l’oubli et, le temps d’une lecture, le cercle des footeux disparus se reformera…
Pascal Truchet

 
Extraits

"En arrivant au vestiaire, je salue tout le monde, mon équipe surtout. Nous discutons de ce match très attendu. Je me sens fatigué, mes jambes sont lourdes comme du béton. Je commence à m’habiller en mettant d’abord le short bleu puis les chaussettes jaunes et longues. Un rayon de soleil traverse tous ces nuages noirs qui couvrent le bleu du ciel, un chemin long et difficile. Ce moment-là a effacé le stress que j’avais jusque là, comme une éponge efface la poussière blanche gravée sur le tableau noir. Puis le moment de mettre les crampons en plastique noir arrive, ils me font penser aux dents des requins qui partent à la chasse dans un immense océan. Après ça, un vide s’installe entre nous, d’un seul coup on n’entend plus rien, aucun bruit, sauf les battements de nos cœurs. Tous les regards vont dans la même direction, vers ce grand carton qui s’ouvre et qui contribue à cette joie que tout le monde a dans le regard. Un maillot vert vient vers moi, avec mon chiffre porte-bonheur : me voilà plus confiant pour ce match dans lequel je suis défenseur. Le grand moment arrive, la pression est maximale. " (Ervin Tanushi)

"Je suis gardien de but, goal, et je peux vous dire que j’ai connu la fierté, la honte, la solitude, le dégoût. Mais c’est ma passion ! Cette sensation d’être un héros, quand il ne reste que quelques minutes à jouer et que vous sauvez le match en arrêtant un but. Seul un gardien peut connaître ces moments. " (Geoffrey Aubry)

"L’heure de sortir du vestiaire par équipe arrive, comme un match officiel, c’est magnifique ! Après quoi il y a l’entrée sur le terrain en ligne et le placement des joueurs sur la ligne médiane pour ensuite chanter l’hymne national : la Marseillaise (pas très bien chantée mais jolie !). Puis vient la photo des équipes avant le match : nous jouerons en vert et l’adversaire sera en blanc ! La photo est superbe !" (Bastien Poulnot)

"
Enfermé dans le placard du gymnase Michel Roy, j’avais le pressentiment que j’allais encore me prendre beaucoup de coups de pieds au derrière. La porte de la salle s’ouvrit ; enfin une personne me prit sous son bras droit et m’emmena avec elle : direction les vestiaires du stade ! D’où j’étais, je voyais les joueurs s’échauffer sans moi, avec quelques amis qui tiraient la tête quand les athlètes frappaient avec force dans leur corps peu solide. Il fallait que je me prépare physiquement et moralement aux nombreux coups. L’arbitre vint me chercher, me gonfla, et c’était parti !" (Julien Grandjean)



"Le cercle des footeux disparus"
ou comment réconcilier des élèves de première STI GM avec l'écriture et la lecture
ou comment faire fonctionner le corps et l'esprit
ou comment répondre aux ignorants qui opposent manuel et intellectuel...

Prenez une classe de 21 élèves dont la plupart sont persuadés qu'ils ne savent et ne sauront jamais écrire.
Organisez en cours de sport un match de foot dans les règles de l'art.
Demandez-leur d'être attentifs à leurs émotions, sensations et autres pensées.
Ménagez des pauses avant, pendant et après le match afin qu'ils notent rapidement leurs réactions.
Photographiez-les et filmez-les.
La semaine suivante, qu'ils rédigent un texte personnel, qu'ils relatent leur expérience selon le point de vue qui était le leur: arbitre, goal, défenseur, attaquant, spectateur...
Travaillez avec eux les textes.
Exposez la notion de focalisation en littérature en confrontant leurs textes.
Analysez la vidéo avec l'aide de Manu Daguet, plus grand philosophe sportif à ma connaissance.
En classe, lisez des textes sur le foot: Desproges, Eco, Delerme... tant d'autres...
Organisez le travail de l'expression orale en leur faisant commenter les images, pas si facile!
Regroupez l'ensemble des textes dans un livre pour qu'ils aient la certitude d'avoir été dans la même démarche que l'écrivain.
Une petite expo finale avec photos, textes et verre de l'amitié sportive.
Et la partie est gagnée!



Les élèves et les profs au festival de Cannes!

L'année 2008 aura vu la réalisation d'un superbe projet: partir à 70 au festival de Cannes, assister à de nombreuses projections, rencontrer réalisateurs et acteurs, découvrir l'univers cinématograhique de nombreux pays, monter les marches, enfin... Voici l'article paru dans Libération.
 
 
Cannes sur le chemin des écoliers
Frédérique Roussel
QUOTIDIEN : mardi 20 mai 2008
Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige : leur premier film. Comme un clin d’œil pour ces élèves de Vesoul (Haute-Saône) qui restera à jamais, dixit Brel, la ville que «t’as voulu voir». Les deux classes de seconde du lycée Edouard Belin ont passé la nuit sur la route, dans le bus ou, pour une poignée d’entre eux, dans le train. Quelques baillements avant d’entrer dans la salle, ce lundi à 8 h 30. Leur jeune professeur de français assure que la nuit fut paisible. «Ils ont récité du Baudelaire et ils ont chanté», raconte Pascal Truchet, enthousiaste pédagogue. La petite troupe a juste eu le temps de déposer ses bagages au Formule 1 de Villeneuve-Loubet, avant la première séance. Direction le théâtre de la Licorne, dans le quartier de la Bocca.
Séjour. Les soixante-cinq Vésuliens et leurs cinq accompagnateurs vont enchaîner là neuf projections jusqu’à mercredi soir, à raison de trois par jour. Au programme : des films de la Quinzaine des réalisateurs, d’Un certain regard et de la Semaine internationale de la critique. Peut-être vont-ils même rencontrer des réalisateurs et des acteurs… Après la projection de Je veux voir, ils espéraient sans trop y croire Catherine Deneuve. Chou blanc, naturellement. Cannes, son festival, «les paillettes, les belles robes, les acteurs», renchérissent en chœur quatre filles… Les voilà enfin dans la place.
Depuis septembre, le séjour cannois est dans la mire. Un projet pédagogique de longue haleine intitulé «Le Lycée Edouard Belin de Vesoul au Festival de Cannes». «Il fait sortir de la salle de classe, explique Pascal Truchet. Les élèves ne sont plus dans le scolaire mais dans la réalité.» En cours de français, il leur a narré par le menu l’histoire du Festival. En cours d’anglais, Delphine Brevet-Galliot a passé des extraits de films en VO, rien de mieux pour débrider la langue.
Ils ont étudié les différents métiers de la réalisation d’un long métrage. Et pour un parfait rodage, ils ont activement suivi le festival international des cinémas d’Asie, début février, qui a créé cette année un jury lycéen. La première journée fut rude. Après Je veux voir, ils ont enchaîné sur Soi Cowboy de Thomas Clay. Sentiment mitigé, voire carrément épidermique. L’ambiance dans la salle a peut-être un peu trop bruissé. «J’ai pas tout compris», reconnaît Anais.
Critique. Le dernier de la journée, l’argentin La Sangre Brota, n’a pas non plus remporté un franc succès. Certains sont même sortis en cours de route, excédés par trop de violence. A la fin, l’équipe du film est venue échanger. «Why do you want to be a director ?» a demandé Maxime au réalisateur Pablo Fenderick. Se sentent-ils d’écrire une critique ? «Il y a quand même un travail derrière un film, avance Emeline. C’est difficile de descendre.»
L’heure est désormais au quartier libre sur la Croisette. Histoire de voir les Marches en vrai et peut-être entrevoir Monica Bellucci, Penélope Cruz ou… Frédéric Beigbeder («Je leur ai fait lire 99 F», traduit Pascal Truchet). Avant le dernier train pour Villeneuve-Loubet et son Formule 1, à 22 h 24.


http://www.liberation.fr/culture/cinema/festival_cannes_2008/direct_cannes/327116.FR.php
© Libération


Vendredi 6 juin 2008
Aujourd'hui paraît le receuil de poèmes de mes secondes intitulé Poussées d'étoiles, bravo à vous!
(cliquez sur la couverture pour acquérir le recueil)
PREFACE
 
 
A l’heure où la société se lamente sur le niveau lamentable de nos écoliers, sur leur désamour de la langue, sur le langage SMS qui serait – avec la télévision bien sûr – cause de tous les maux, à l’heure où les discours sont à la résignation et à la désespérance, j’ai rencontré, en cette année 2008, 60 lycéens, élèves de seconde, fous de poésie, heureux de réciter, ensemble, tant de ces vers qui ont traversé les siècles, et d’en redemander encore, « allez m’sieur, on apprend encore un autre texte ? »… m’sieur a un programme à tenir, m’sieur sait qu’il n’est pas en retard, m’sieur se dit que quand même, une telle demande ne peut rester sans réponse, m’sieur se dit finalement qu’il n’existe pas de meilleur accès aux textes que l’appropriation, que la mémorisation, que la recherche collective d’un sens à trouver, d’une variation de la voix à faire entendre, d’une émotion à transmettre… M’sieur se laisse alors aller à la joie du partage et de la lecture qui est un don réciproque.
Oh bien sûr, cela ne s’est pas fait d’un seul coup d’un seul. Oh bien sûr, ils en avaient des préjugés, ils en avaient des mauvais souvenirs, et des idées reçues glanées ici et là, et il y en eut des moues dubitatives et des regards méfiants ! Alors oui, je l’avoue, j’ai été d’abord le grand destructeur de murs, et il y en avait de la poussière sur les étagères de leurs convictions ! Au fond, ce dont ils avaient peur, ce n’était pas tant d’être ridicule, ce n’était pas tant de passer pour le premier de la classe, ce n’était pas tant de se casser le nez devant ce qu’on appelle (à tort !) « des classiques ». Non. Ils avaient peur de leur propre solitude, de se retrouver face à eux-mêmes parce qu’un livre, qu’on le veuille ou non, nous renvoie toujours à ce que nous avons de plus intime. Nous avons donc uni nos solitudes, nous avons élevé nos voix ensemble, nous nous sommes écoutés pour pouvoir ensuite nous oublier dans le flot délicieux et sucré des poèmes qui sont notre histoire. Nous avons choisi nos amis, nous en avons rejeté des auteurs, nous avons forcé les portes de la mémoire dans la conviction que ces mots de poètes resteraient à jamais les nôtres.
La seconde 4, rêvant du festival de Cannes, récita trente minutes durant Baudelaire, Beckett et tant d’autres en guise de remerciement humain et sincère à l’égard de Martine Thérouanne qui leur avait ouvert les portes de l’Asie.
La seconde 9 se déclara un  beau jour officiellement la « Team Poètes », entendez par là, une espèce de réunion de jeunes idiots (c’est un compliment !) passionnés qui avaient décidé que quitte à « casser avec une meuf », mieux fallait le faire en vers !
Alors non, le temps n’est pas à la désespérance, il n’est pas non plus au constat, il est à l’action, à l’invention, au pari. Oh, rien de révolutionnaire dans tout ça ! On ne prend aucun risque à nouer des liens entre des jeunes gens qui vivent une des périodes les plus dures de la vie avec de grands écrivains qui nous « parlent » encore (« m’sieur, on ne dit pas qu’un texte « parle », c’est vous qui l’avez dit ! ») de leur voix de vivants qui ont vécu, aimé, pleuré, détesté, célébré, mais qui ont aussi parfois su nous laisser entrevoir une forme de bonheur, de chemin à emprunter…
Une année passe si vite. De lecteur à auteur, il n’y a qu’un pas à franchir. Un pas difficile, un pas à poser soigneusement, un pas de poète. « Pour dans sept jours, vous composerez votre propre poème que vous réciterez devant la classe ». Nouveaux tremblements dans l’assistance. « Combien de vers ? Obligé que ce soit des vers ? Obligé de réciter ? On peut faire sur ce qu’on veut ? ». Ces jeunes gens qui n’ont de cesse d’affirmer leur désir d’indépendance tremblent dès lors qu’on leur donne une vraie liberté. Ils font l’expérience de la liberté, non sans tomber souvent, non sans se tromper de route parfois, mais c’est à ce prix qu’on devient un jour conscient et plus sûr de ses choix.
Le résultat, vous en jugerez par vous-mêmes. Je n’ai en rien remanié leurs textes. Aucun travail en classe. Ces poèmes, c’est leur solitude partagée, leurs voix à tous extirpées de la foule, c’est leur engagement dans l’écriture, l’expression de leurs préférences, leurs célébrations et leurs rejets. Leurs cris et leurs chuchotements.
Il n’y aucun mauvais élève. Il n’y a que des jeunes gens qui ont pris un risque et qui ont su oublier notes et regards méfiants – ceux du prof cette fois-ci à son tour tremblant de tant de libertés – pour, l’espace d’un instant, tenter de « pousser les étoiles »…
 
                                                                                          Pascal Truchet 
 
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