Patricia Caps, George Hilaire...



22 novembre 2008



Patricia Caps vient de publier ce récit qui remet en question le système d'aide aux belges contraints à l'endettement et aux privations pour faire face aux dépenses de santé. Un livre coup de poing que vous pouvez vous procurer : editionsazimuts@yahoo.fr 

   

Pour ceux qui envisagent, à sa façon, l'écriture comme ayant un rôle à jouer dans notre société.

En exclusivité, la préface...





"Chers lecteurs,

 

       Je tiens à vous le dire d’emblée, je n’ai aucune formation en écriture, aucune connaissance spécifique de la langue française et, par-dessus le marché, je suis une simple ouvrière !

       Malgré ces lacunes, ce manque de culture, l’histoire qui se déroule dans cet ouvrage est la mienne. Ce long chemin parcouru, où l’ombre de la mort est sans cesse présente, où les abus et les violences en tous genres ne se comptent plus, où la vie doit continuellement reprendre le dessus, vous est livré ici.

       Toutes ces personnes que j’ai aimées avaient rendez-vous dans un autre monde, pas dans le mien. J’ai longtemps pensé être maudite. Pire, que j’insufflais la mort ! Mais il faut avouer qu’avec des pensées de ce genre, on ne peut aller bien loin, d’où un revirement de pensée après le décès de mon conjoint.

       Non ! Je ne suis pas maudite. J’ai subi la vie, j’ai été humiliée dans ma chair, j’ai perdu le peu de dignité que j’avais si durement gagné, j’ai surtout perdu tous ces anges qui ont illuminé ma vie, mais dois-je me maudire pour autant ? Dois-je continuer ma route en brinquebalant dans mes bagages la culpabilité d’être encore en vie ?

       Après toutes ces années, j’en arrive à la conclusion qu’une fois encore, la réponse à cette question est « non ». Grâce à ce témoignage, j’ai réussi à exorciser mon passé. Cet exorcisme, déclenché par le besoin perpétuel de continuer à défendre mon amour après sa mort, m’a enfin permis de me tourner vers l’avenir. Un futur différent, cette fois, car je n’ambitionne plus une réussite personnelle quelconque. Non, mon but est d’éviter aux autres de tomber dans les mêmes pièges, de se prendre les pieds dans les mêmes obstacles.

       Ce témoignage vous servira probablement de mémento : une panoplie d’erreurs à ne pas commettre. Ma honte est grande devant ces erreurs d’appréciation, ces erreurs de jugement, ma très maigre influence sur les erreurs des autres, sur leur cruauté et leurs violences. Mais pour arriver à mes fins, il fallait que je parle, que je vous livre cette histoire peu banale.

       Pourquoi parler maintenant, après avoir vécu dans le silence durant 40 ans ? La question est judicieuse et la réponse est simple : je veux dénoncer, interpeller le monde politique, ébranler nos institutions sociales belges, jeter un pavé dans leurs images impeccables et pourtant déplorables. Leur prouver que de nos jours, des personnes atteintes d’un mal parfois incurable se voient privées de leurs indemnités, victimes d’une erreur ridicule. Elles ont pourtant travaillé, certaines ont même payé leurs impôts durant plus de 20 ans ! Mais non… une infime petite faute dans leur parcours professionnel les prive des soins nécessaires ou pire – comme Daniel – d’une mort digne. Je veux défendre haut et fort ces personnes qui ne font partie d’aucune statistique et qui se voient ruinées par le coût de la maladie. En un mot, je veux faire bouger nos dirigeants, les forcer à nous regarder, nous, qui passons à leurs yeux pour de simples « minables » !

       Les mots sont durs, aussi durs que l’ont été avec moi toutes ces personnalités. Défendre les démunis est devenu tellement banal qu’ils ne se retournent même plus lorsque je les interpelle. Vous avez beau lever les bras, leur lancer des signes… Ne vous leurrez pas, du haut de leur superbe, ils ne nous voient pas.

       Je ne peux plus défendre l’homme que j’aime, il est trop tard, il m’a quittée, mais je peux encore défendre les autres… et ils sont nombreux !

       Le seul but de ce témoignage est de vous ouvrir les yeux, de vous montrer ma vérité et la vérité de tant d’autres. Si vous avez un brin de sensibilité, vous apprécierez ce témoignage. Aux autres, je dirai : « Dommage… Vous n’avez rien compris ! »

       Malgré toutes mes bonnes intentions, il est un fait réel dont je dois tenir compte : Nous ne sommes pas maîtres de notre destin. Nous sommes maîtres de nos pensées, de nos actes, mais pas du destin. Le destin, quelque chose de plus puissant que nous le dirige !

       Est-ce une excuse pour ne rien faire ? Dois-je baisser les bras encore une fois ? Non ! Ce témoignage en est la preuve. C’était mon devoir de parler, de défendre les autres comme j’ai essayé, en vain, de défendre Daniel. Pour avoir une chance d’être entendue, cette fois, je fais le sacrifice de me livrer toute entière, de vous abandonner mon histoire dans l’espoir qu’elle serve au moins à sauver, ne fût-ce qu’une seule personne.

       Je remercie ici, personnellement, mon ami Pascal Truchet, écrivain et poète français de très grand talent, mais également enseignant en lettres à Vesoul. Malheureusement pour vous, il est encore dans l’ombre. Néanmoins, je n’ai aucun doute sur son futur : Pascal est le génie littéraire de demain.

       Pourquoi vous parler de lui ? Tout simplement parce qu’il mérite d’être connu. Par ses écrits, il m’a fait découvrir un monde incroyable, un monde de poésie, une envie de me dépasser sans cesse dans le simple but d’essayer de comprendre l’origine de ce don. Cet homme m’a insufflé l’énergie et l’envie d’apprendre l’expression par les mots. J’emmagasine toutes les richesses dont il me fait si gentiment cadeau, j’espère m’en servir plus tard pour encore m’améliorer. Pascal ne connaît pas ce témoignage, mais il connaît mes motivations et me soutient dans cette démarche. Je suis à la fois fière et heureuse de la considération qu’un tel personnage me porte.

http://pascaltruchet.over-blog.com/

 

« L’écriture n’est pas le fait d’une caste, elle est la parole partagée qui porte en elle les cris, les forces vitales et les élans de l’homme. » Pascal Truchet"

 





Il est des rencontres qui marquent une vie. Il est des hommes qui ont su allier pensées et sentiments, Raison et Corps. Des hommes qui ont un regard oblique sur le monde. Des hommes justes. Georges Hilaire est de ceux-là.

Il y a 18 ans, il m'enseignait les lettres, sans rapport de 'maître à élève", sans domination ni soumission d'aucune sorte, dans un rapport d'égalité totale, laissant libre cours à nos intuitions mais intransigeant toujours.

Il y a 13 ans, nous faisions parfois quelques lectures publiques à Lyon. Lorca, Des Forêts, Neruda ou Rilke. Nous allions dans une grande librairie et il m'achetait ce qui se faisait de mieux, La Pléïade pour Lorca, une version bilingue pour Rilke.                                                                                                        (cliquez sur la couverture)

Je lisais puis nous nous retrouvions chez lui pour décider qui lirait quoi. J'écoutais sa voix de cathédrale. Je repartais souvent un nouveau livre sous le bras.                                                                                                    


Il y a 10 ans, il écrivait "La Lampe Tempête", moi "De Terres et d'Ecumes". Certains passages de mon texte font directement référence au sien. Les pas du poète que nous suivons ensemble, ce sont souvent (pas toujours) les siens.

 

Aujourd’hui… Nous publions ces deux textes la même année, quasiment au même moment alors que nous ne nous étions pas revus depuis quelques années. La vie réserve parfois d’étranges coïncidences.

 

« Comment me suivrez-vous, si vous me suivez ? J’aimerais que vous soyez mon compagnon, pas trop disert, dans ces vagations solitaires sur les hauts-plateaux du canton de Pradelles, où naissent la Loire profonde et le clair Allier, et qui sont en difficulté.

Comme moi vous attachant aux choses, car sans elles point d’idées, mais sachant qu’elles ne sont que des constructions imparfaites, issues de la domination d’une caste, qui continue à se sentir justifiée, et de la soumission de tous. Comme Leopardi sentant que « le monde et les objets sont en quelque sorte doubles » et que « le poétique se trouve toujours dans l’indéfini, le vague ». Alors, semblables aux montagnards écossais qui croient voir, attaché à un mât, le marin qui mourra dans un port lointain, vous apercevrez, à la place de la haute barre de la clôture d’un champ, après que la buse l’aura désertée, un homme qui vous attend.

Sans glorifier les choses, ni la lumière qui les fait sortir du néant, car la lumière aussi peut disparaître. Sombrer. Déjà les villes souterraines avancent et la bombe plane plus haut dans le ciel que l’épervier. Même si nous ne voulons pas nous en convaincre.

Où donc nous situer puisque nous ne croyons, semble-t-il, ni en l’origine, ni en la finalité ?

Dans le dévoilement peut-être, si l’on considère les milliers de particules de poussière que le faisceau lumineux fait, en traversant l’atmosphère, naître et danser. La danse de la poussière des mots. 

                                               (…)

Dévoiler, Inventer, Tenter d’être dans ce pays et ailleurs, la petite bulle qui, un matin clair de neige, se mêlerait à d’autres en préservant sa très légère différence. »

                                       Georges Hilaire, La Lampe Tempête, Editions La rumeur libre
                                                                                               

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