"La Poésie ne permet pas de marcher mais elle permet de respirer."
 Roland Barthes




Bienvenue à tous!
Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui rédigent un
commentaire... et un immense merci à celles et ceux qui ont déjà lu ou vont se procurer De Terres et d'Ecumes!

 

Vendredi 4 juillet 2008

A la rentrée, il y aura bien entendu le flot des nouvelles parutions, des centaines de romans qui inonderont les librairies, la grande course aux prix pourra alors débuter, les éditeurs joueront des coudes (et du porte-monnaie!) pour attirer l'attention des jurés et obtenir la fameuse banderole rouge qui les assurera de ventes faramineuses. On criera au génie, les photographes se masseront par dizaines sur le trottoir d'un petit café parisien tandis que le nouvel "artiste" prendra la pose, un rien évanescent, un verre de blanc devant lui...  

 Allons... La littérature n'est pas de l'ordre du concours! Elle relève bien davantage du partage, de la voix, de la création, de l'invention! Elle se fait dialogue intime et universel.

Loin de ce spectacle permanent qui nous assaille, je remercie donc dès à présent ces revues qui publieront, dans le même temps (entre septembre et octobre), des extraits emplis "De Terres et d'Ecumes":

* La revue
Temporel
*
Le Capital des mots
* La revue Arcoiris dirigée par Diomenia Carvajal, auteur chilienne qui a traduit certains passages, lesquels figureront donc en version bilingue aux côtés de tant d'auteurs, de tant de pays, de tant d'histoires sigulières qui nous rappelleront que l'écriture doit avoir une nécessité, une vitalité et qu'elle n'a pas de frontière.

par Pascal Truchet
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Dimanche 15 juin 2008

De Terres et d'Ecumes dans la revue numéro 39 du Chasseur abstrait: à découvrir!  

Merci à Patrick Cintas pour son accueil.

par Pascal Truchet
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Vendredi 6 juin 2008

Il est des rencontres qui marquent une vie. Il est des hommes qui ont su allier pensées et sentiments, Raison et Corps. Des hommes qui ont un regard oblique sur le monde. Des hommes justes. Georges Hilaire est de ceux-là.

Il y a 18 ans, il m'enseignait les lettres, sans rapport de 'maître à élève", sans domination ni soumission d'aucune sorte, dans un rapport d'égalité totale, laissant libre cours à nos intuitions mais intransigeant toujours.

Il y a 13 ans, nous faisions parfois quelques lectures publiques à Lyon. Lorca, Des Forêts, Neruda ou Rilke. Nous allions dans une grande librairie et il m'achetait ce qui se faisait de mieux, La Pléïade pour Lorca, une version bilingue pour Rilke.                                                                                                        (cliquez sur la couverture)

Je lisais puis nous nous retrouvions chez lui pour décider qui lirait quoi. J'écoutais sa voix de cathédrale. Je repartais souvent un nouveau livre sous le bras.                                                                                                    


Il y a 10 ans, il écrivait "La Lampe Tempête", moi "De Terres et d'Ecumes". Certains passages de mon texte font directement référence au sien. Les pas du poète que nous suivons ensemble, ce sont souvent (pas toujours) les siens.

 

Aujourd’hui… Nous publions ces deux textes la même année, quasiment au même moment alors que nous ne nous étions pas revus depuis quelques années. La vie réserve parfois d’étranges coïncidences.

 

« Comment me suivrez-vous, si vous me suivez ? J’aimerais que vous soyez mon compagnon, pas trop disert, dans ces vagations solitaires sur les hauts-plateaux du canton de Pradelles, où naissent la Loire profonde et le clair Allier, et qui sont en difficulté.

Comme moi vous attachant aux choses, car sans elles point d’idées, mais sachant qu’elles ne sont que des constructions imparfaites, issues de la domination d’une caste, qui continue à se sentir justifiée, et de la soumission de tous. Comme Leopardi sentant que « le monde et les objets sont en quelque sorte doubles » et que « le poétique se trouve toujours dans l’indéfini, le vague ». Alors, semblables aux montagnards écossais qui croient voir, attaché à un mât, le marin qui mourra dans un port lointain, vous apercevrez, à la place de la haute barre de la clôture d’un champ, après que la buse l’aura désertée, un homme qui vous attend.

Sans glorifier les choses, ni la lumière qui les fait sortir du néant, car la lumière aussi peut disparaître. Sombrer. Déjà les villes souterraines avancent et la bombe plane plus haut dans le ciel que l’épervier. Même si nous ne voulons pas nous en convaincre.

Où donc nous situer puisque nous ne croyons, semble-t-il, ni en l’origine, ni en la finalité ?

Dans le dévoilement peut-être, si l’on considère les milliers de particules de poussière que le faisceau lumineux fait, en traversant l’atmosphère, naître et danser. La danse de la poussière des mots. 

                                               (…)

Dévoiler, Inventer, Tenter d’être dans ce pays et ailleurs, la petite bulle qui, un matin clair de neige, se mêlerait à d’autres en préservant sa très légère différence. »

                                             Georges Hilaire, La Lampe Tempête, Editions La rumeur libre
                                                                                                 

par Pascal Truchet
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Vendredi 6 juin 2008

Aujourd'hui paraît le receuil de poèmes de mes secondes intitulé Poussées d'étoiles, bravo à vous! (cliquer sur la couverture pour l'achat en ligne)

PREFACE

 

 

A l’heure où la société se lamente sur le niveau lamentable de nos écoliers, sur leur désamour de la langue, sur le langage SMS qui serait – avec la télévision bien sûr – cause de tous les maux, à l’heure où les discours sont à la résignation et à la désespérance, j’ai rencontré, en cette année 2008, 60 lycéens, élèves de seconde, fous de poésie, heureux de réciter, ensemble, tant de ces vers qui ont traversé les siècles, et d’en redemander encore, « allez m’sieur, on apprend encore un autre texte ? »… m’sieur a un programme à tenir, m’sieur sait qu’il n’est pas en retard, m’sieur se dit que quand même, une telle demande ne peut rester sans réponse, m’sieur se dit finalement qu’il n’existe pas de meilleur accès aux textes que l’appropriation, que la mémorisation, que la recherche collective d’un sens à trouver, d’une variation de la voix à faire entendre, d’une émotion à transmettre… M’sieur se laisse alors aller à la joie du partage et de la lecture qui est un don réciproque.

Oh bien sûr, cela ne s’est pas fait d’un seul coup d’un seul. Oh bien sûr, ils en avaient des préjugés, ils en avaient des mauvais souvenirs, et des idées reçues glanées ici et là, et il y en eut des moues dubitatives et des regards méfiants ! Alors oui, je l’avoue, j’ai été d’abord le grand destructeur de murs, et il y en avait de la poussière sur les étagères de leurs convictions ! Au fond, ce dont ils avaient peur, ce n’était pas tant d’être ridicule, ce n’était pas tant de passer pour le premier de la classe, ce n’était pas tant de se casser le nez devant ce qu’on appelle (à tort !) « des classiques ». Non. Ils avaient peur de leur propre solitude, de se retrouver face à eux-mêmes parce qu’un livre, qu’on le veuille ou non, nous renvoie toujours à ce que nous avons de plus intime. Nous avons donc uni nos solitudes, nous avons élevé nos voix ensemble, nous nous sommes écoutés pour pouvoir ensuite nous oublier dans le flot délicieux et sucré des poèmes qui sont notre histoire. Nous avons choisi nos amis, nous en avons rejeté des auteurs, nous avons forcé les portes de la mémoire dans la conviction que ces mots de poètes resteraient à jamais les nôtres.

La seconde 4, rêvant du festival de Cannes, récita trente minutes durant Baudelaire, Beckett et tant d’autres en guise de remerciement humain et sincère à l’égard de Martine Thérouanne qui leur avait ouvert les portes de l’Asie.

La seconde 9 se déclara un  beau jour officiellement la « Team Poètes », entendez par là, une espèce de réunion de jeunes idiots (c’est un compliment !) passionnés qui avaient décidé que quitte à « casser avec une meuf », mieux fallait le faire en vers !

Alors non, le temps n’est pas à la désespérance, il n’est pas non plus au constat, il est à l’action, à l’invention, au pari. Oh, rien de révolutionnaire dans tout ça ! On ne prend aucun risque à nouer des liens entre des jeunes gens qui vivent une des périodes les plus dures de la vie avec de grands écrivains qui nous « parlent » encore (« m’sieur, on ne dit pas qu’un texte « parle », c’est vous qui l’avez dit ! ») de leur voix de vivants qui ont vécu, aimé, pleuré, détesté, célébré, mais qui ont aussi parfois su nous laisser entrevoir une forme de bonheur, de chemin à emprunter…

Une année passe si vite. De lecteur à auteur, il n’y a qu’un pas à franchir. Un pas difficile, un pas à poser soigneusement, un pas de poète. « Pour dans sept jours, vous composerez votre propre poème que vous réciterez devant la classe ». Nouveaux tremblements dans l’assistance. « Combien de vers ? Obligé que ce soit des vers ? Obligé de réciter ? On peut faire sur ce qu’on veut ? ». Ces jeunes gens qui n’ont de cesse d’affirmer leur désir d’indépendance tremblent dès lors qu’on leur donne une vraie liberté. Ils font l’expérience de la liberté, non sans tomber souvent, non sans se tromper de route parfois, mais c’est à ce prix qu’on devient un jour conscient et plus sûr de ses choix.

Le résultat, vous en jugerez par vous-mêmes. Je n’ai en rien remanié leurs textes. Aucun travail en classe. Ces poèmes, c’est leur solitude partagée, leurs voix à tous extirpées de la foule, c’est leur engagement dans l’écriture, l’expression de leurs préférences, leurs célébrations et leurs rejets. Leurs cris et leurs chuchotements.

Il n’y aucun mauvais élève. Il n’y a que des jeunes gens qui ont pris un risque et qui ont su oublier notes et regards méfiants – ceux du prof cette fois-ci à son tour tremblant de tant de libertés – pour, l’espace d’un instant, tenter de « pousser les étoiles »…

 

                                                                                          Pascal Truchet 

par Pascal Truchet
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Jeudi 24 avril 2008

          J’enseigne aux lycéens une langue que j’aime. On écrit puis, un jour, on décide de montrer, parce qu’un texte privé de lecteurs est un texte mort. On a un peu peur. Puis on y va.

           Dans ce monde où tout va si vite, où l’heure est au zapping, au lait condensé, au fast food et à la pensée pré-mâchée, l’écriture me semble plus que jamais d’une absolue nécessité. Elle incarne la réconciliation de la pensée et de l’émotion, elle porte en elle la permanence de notre condition, son ancrage temporel et son intemporalité, elle traduit l’humanité qui malgré les obstacles perdure et fait entendre sa voix. C’est bien de cela qu’il s’agit, d’une voix perçue, d’une musicalité, d’un rythme qu’incarne un corps, d’une façon de marcher à travers la syntaxe, de respirer par la ponctuation. Je n’aime ni les romans à la facture traditionnelle, ni les récits autobiographiques où l’auteur déverse les détails les plus insignifiants de sa vie. L’écriture doit tenter de se faire création, invention : trouver la forme qui la mieux permettra au lecteur d’embarquer. J’ai pour ma part opté pour l’écriture fragmentaire loin du factice et du chronologique, pour faire cohabiter les images, les paradoxes, les pays qui sont des paysages, et les rencontres. De la Roumanie au Chili, je suis avec le lecteur et nous suivons les pas du poète, ses derniers jours, ses derniers regards jetés sur les hommes et les cultures. Non ce ne sont pas des vers. La poésie est partout autour de nous, dans le regard des enfants roumains, chez les ouvriers chiliens, au creux des pierres bretonnes, du minéral continental et des écumes océaniques…

par Pascal Truchet
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Mardi 8 avril 2008
 

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par Pascal Truchet
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Dimanche 6 avril 2008

De Terres et d'Ecumes, extraits... 

"Il fait un peu trop froid, comme souvent. S’il y a des hommes qui font mine d’oublier des écharpes, je suis de ceux-là, de cela : de cette brume dissipée entre les ports, de ces mains qui caressent les arbres, de cette dernière main qui caressera le dernier arbre, de ces solitudes entre lesquelles chacun a son espace, chacun est attendu, desquelles chacun repartira, d’un vent…

Chemine avec nous. Si nous ne parvenons pas à le suivre sur ces sentes rêvées, nous le laisserons partir devant, l’œil amusé, certains de le retrouver une haie plus loin.

Le chêne.

Aurais-tu peur du vide de la déambulation indéfinie et sans repère ? Bien. Laisse-moi imaginer un point dans le lointain.

Nous allons à Königsberg. Nous y allons peut-être pour savoir où cela se situe, peut-être parce que là-bas philosophie et poésie ne font qu’un, boire un café à « l’auberge des trois marquises »… 

Sur la tombe de Kant : « Deux choses ne cessent de remplir mon cœur d’admiration et de respect plus ma pensée s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale en moi. »

C’est peut-être cela, l’écriture. Courir après une phrase, ne retenir que deux vers. L’essentiel, ce vin écarlate, « le sang chaud d’Ignacio sur le sable »… Le sang arrêté. C’est peut-être cela, écrire. Une pétrification. Avant d’aller jouer avec les gamins au ballon. Peut-être cela. Préparer sa mort dans une résistance âpre et folle à la mort. Un épuisement. Pour qu’un matin, un Vallejo nous dise : « « No mueras, te amo tanto ! » Pero el cadaver, ay, siguio muriendo… »

Il fait un peu trop froid, comme souvent. "

                                                              *
           "Nous pénétrons avec lui, une dernière fois, la ville inconnue. C’est Caen, la nuit, une ville où les trains ne s’arrêtent plus. Tout est désormais beaucoup trop clair, précis, effrayant d’être perdu dans toute cette exactitude, dans ces murs où chacun sait où aller, où le courrier du matin attend le facteur, où les presses tournent à plein pour l’édition du jour prochain, où les rideaux de fer de la gare s’abattent.

 

 

A la descente du bateau, il y a derrière lui le pied posé sur la première marche de la passerelle et l’absence de mains levées. Faut-il avoir peur de laisser derrière soi quand tout est en soi, quand le petit paquetage est ancré quelque part dans une poche, dans une artère, dans un geste ? Il ne marchera plus jamais comme avant. Le petit paquetage avec la naissance et la mort de la naissance, les temps hésitants et l’apprentissage, jamais abouti, de tout ce qui fait tenir debout. Pour ne pas tomber, il faut pourtant marcher, et même parfois courir. Etre à bord. Pour se livrer au vide dans la cale étroite où il écrit et dort. Le roulis est pire que tout, ils n’avaient pas menti. On tire sur les cordes, on tire sur les journées, on tire sur les navires, en rêve, on tire sur l’histoire inachevée, restée à terre, on tire sur les oiseaux, on tire sur les filets, on tire les gros rires de marins timides et écarlates, et solitaires, on tire des histoires et des paroles qui sont des contes, on tire les drapeaux dans les coffres-forts, on tire le café, on tire les cartes, on tire les chansons inaudibles, on tire le vent, les cris des mouettes, on tire le verbe tirer, on le tire à la force des poignets, on le tire vers le mouvement, quel qu’il soit, on le tire parce qu’on n’a plus rien à tirer et qu’il faut courir pour ne pas tomber, on tire la pluie fine de cinq heures, de midi et du soir, on tire le verbe tirer, on tire puis on a peur, peur d’avoir trop tiré et que le bateau ne sombre."

                                                                                             *

"Combien de temps reste-t-il à l’écolier qui récite sa leçon avant que une à une, lourdement, hautaines, les têtes pivotent dans un ricanement concerté et sûr ? La chute est silencieuse, il la souhaite presque, par anticipation.

 

Tu parles peu. Tu sais écouter depuis le début de notre voyage.

Ecouter l’homme qui raconte sa terre et les accents bretons, ce jeune marin malade sur le bateau du père, enveloppé de honte par les déferlantes, resté quinze ans durant dans le seul phare de l’île qui ait survécu.

Des bribes que le vent ponctue.

Le marin est fier parfois : les messieurs de Paris sont venus filmer son pays et son métier. Les touristes ? Rien n’est jamais reparti avec eux. Non… Ce qui l’inquiète, c’est l’étranger, « l’arabe », ceux qui volent le travail, eux, ces même pas bretons, ces même pas français, et il se raccroche aux discours les plus extrêmes, les plus morbides. Le bateau ne tangue plus, il sombre. Nous l’écoutons, l’homme de la mer revenu à la terre, analyser la population de la ville la plus éloignée de son phare, Marseille, une ville où il n’est jamais allé.

Vitesse de la transition, déviation. Ils parlent subitement de voyages amers dans le souffle du vent. L’horreur se joint à la fascination. Beauté dans les vomissures.

 

La terre a accéléré sa rotation. Nos vélos filent. Nous croisons à nouveau le vieil homme arc-bouté sur sa canne, il se tourne vers nous, trop tard pour nous arrêter, traverser l’île entière. On se contente de lui crier que c’était beau le paysage, que ça aurait pu être si beau. "

"           Scansion.

 

Le monde et nos pages, et nos têtes, et nos mots, sont de vastes caisses de résonance où les univers dialoguent.

 

Nous sommes sur le toit des buildings de New York, et sur les falaises de Santander, et dans les monastères roumains. Au même instant. Nous existons.

 

Nous existons et nous sommes désormais dans la peur de le perdre, dans le frimas de la mort du poète qui viendra. "

 

par Pascal Truchet publié dans : De Terres et d'Ecumes - Extraits
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Mercredi 26 mars 2008
De Terres et d'Ecumes...

Que ce soit avec violence que le poète laisse les yeux se clore sur la foule des images sensuelles qui en vrac assaillent le tournoiement irréversible des pensées, qu’il oublie la tiédeur des pluies australes, et de tout ce qui tombe, et des particules de chair et de sang qui montent, transpercent l’ensablement des mots, ce dépôt lent et continu, que ce soit avec dégoût que les fraisiers grimpent, que les poissons se chassent et se combattent, que les millions de spermatozoïdes livrés au vide soient rendus au néant, que les feuilles meurent dans l’ombre et que tombent lestement les propos amers, toutes ces présences encombrantes, tous ces obstacles à la solitude mesurée, que vienne buter contre la séquestration la sonnerie du téléphone, et le coup de poing contre la porte, que ce soit avec indifférence que les fruits fleurissent le long des étalages des maraîchers quand la poire rongée par les vers tombe prématurément du haut de sa branche, on se trompe de rue constamment, on oublie de lire les noms et la logique des quartiers, ce phare aux extrémités des terres, être un sémaphore, penser n’est pas écrire, c’est écouter peut-être, tu lances une pierre au fond du puits, tu attends et perçois le retour du bruit entraîné dans la chute, ce geste dix fois répété, rien n’est sûr, à la radio le disque tourne toujours, et les hommes ont déserté leur lieu de travail pour aller tracer leur chemin humain et argenté dans le grand champ de maïs, un hélicoptère surveille de là-haut, et c’est le Danube et son détroit, et ses bateaux, il pleut à verse, que ce soit sur le pont supérieur qu’on se repose après avoir déserté les abords de la mer noire, que ce soit le noir qui représente le mieux la mort, mais soutenir le bleu de son regard rieur, quand la lumière éblouit, tout meurt.

par Pascal Truchet
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Jeudi 20 mars 2008

Un nouvel extrait...

De sillonner les routes, les chemins, les sentiers,

D’être ou non au Puy, à Pradelles, à Brioude, à Vesoul, à Lyon, à Dunstable, à Oxford, à Reading, à Salisbury, sur l’île de Wight, à Caen, finalement.

Comme un point-virgule, il n’y a plus de train. Viendront-ils vraiment demain ? Rester dans la ville noire et retarder le plus longtemps possible la fin, rester encore un instant assis à cette table, devant la fenêtre ouverte, une ville où il fait nuit, se quitter des yeux – ou faire semblant – en sachant que ton esprit, rêveur, se tourne, décampe, et regarde, pas la lucarne, tomber la neige.

D’entrer, d’attendre puis de ressortir d’une gare, les yeux pleins du paysage offert,

De ne savoir ni quand, ni où, ni comment – et y aller, ou parfois le deviner mais alors faire machine arrière,

De parcourir des pages, de scruter chaque mot, rappeler à soi un auteur, un nom, le déplier, l’imaginer méconnu, le penser à sa table… Il lit Chateaubriand les nuits, devant sa tente, à la lueur d’une lente qui vacille et menace, seulement Chateaubriand, Chateaubriand seul, seul à Londres, ambassadeur de la liberté, alors que nous nous livrons à la Manche il quitte Saint-Malo, les larmes de sa mère et s’en va, et nous nous penchons légèrement au-dessus du livre car du pont supérieur du cargo, nous croyons apercevoir… comme un vaisseau,

De chercher une ombre sur les bords de l’Avon ou de la Tamise,

De la plume perdue par l’oiseau et de la ramasser, et de la glisser dans une enveloppe,

De la ferveur retrouvée,

De se tenir éveillé dans ou hors de cette chambre exiguë, au papier pâle sur les murs vieillis, passés, usés, et de lui opposer la mer, la mer partout, la mer ressuscitée, l’horizon à temps retrouvé, cette fois il le sait, le ciel a vraiment touché la mer…

Alors se dire qu’il n’y a plus les journaux, le mort à la seconde, les gens dans les rues, les rues, alors contempler l’immensité, promettre à nouveau qu’on ne l’oubliera pas, alors s’engouffrer dans le bleu, dans le noir, dans la lumière,

D’ouvrir grand les yeux, pour, dans le vent, à travers lui, aimer,

               Pour rendre libre sa respiration,

                          Libre le corps,

                          Libre l’âme,

               Pour mettre en mouvement,

               Pour voler un mouvement,

               Pour manifester,

               Pour exister,

D’exister.

 

par Pascal Truchet
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Mercredi 19 mars 2008
"Mais, ton livre, c'est un roman ou c'est de la poésie?" Répondons donc à cette question récurrente et essentielle! (Mon frère aurait décidément dû se lancer dans la littérature, il pose les bonnes questions!)

Ce n'est pas un roman : pas d'intrigue, la fin est annoncée dès le départ, la chronologie est bouleversée voire quasi absente ou sans intérêt! Panique à bord? Mais alors, on n'a plus aucun repère? Presque. Plus de repaire en tout cas. 
Essayons d'être clair sans sombrer dans un discours verbeux et théorique. 
1) Il s'agit bien d'un récit
2) Le narrateur en est acteur et avec le lecteur (c'est-à-dire Toi si tu me fais l'honneur de lire ce texte), nous accompagnons le Poète au cours d'un vaste périple, dans sa marche à travers le monde. Le regard qu'il porte est tantôt tendre, tantôt révolté, mais se veut toujours rigoureux et vigoureux.
3) Ce ne sont pas des vers mais la poésie n'en est pas absente pour autant (je l'espère en tout cas, ce sera à vous de me le dire). Définition de la poésie: regard oblique porté sur le monde, décalage émouvant.
4) Le texte est fragmentaire. 
Vous l'avez compris, l'écrivain a pour mission, à mon sens, de proposer des formes nouvelles. On est loin du roman de gare et de la collection Arlequin. 
 Le texte se veut caisse de résonnance: les orangers espagnols y côtoient les buildings de Manhattan, la pauvreté roumaine les ouvriers chiliens, et les enfants le regard amusé mais toujours oblique du poète. Notre vie à tous et notre mémoire ne sont pas rangées, rectilignes,
organisées, préméditées. Ce qu'il y a de fort,c'est la coexistence des paysages, même éloignés, les rencontres les plus inattendues, les images qui se superposent. Le lecteur serait alors comme assailli, emporté puis rejeté, au rythme lent et perpétuel des vagues, tantôt Terre, tantôt Ecume. 

C'est vrai, donc, qu'il faut accepter de lire autre chose qu'un roman formaté et rassurant car au fond déjà connu. Merci d'avance à tous ceux qui accepteront l'invitation... 

par Pascal Truchet
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Un chiffre!

94... personnes ont acheté le récit (mise à jour: 05/07) Merci!

De Terres et d'Ecumes

Pour vous procurer De Terres et d'Ecumes, 4 façons:

1) Vous rendre dans une des librairies de Vesoul ou Besançon.

2) Régler par CB en ligne sur le site qui diffuse le livre: cliquez sur l'image ci-dessous

















3) Régler par chèque en me renvoyant le bon de commande accompagné du règlement: cliquez
ici

4) Vous habitez Vesoul et nous nous croisons dans des couloirs ou autres ruelles perdues, vous pouvez régler en espèces (12 euros) 

Vous avez lu le récit? Vous souhaitez me faire part de vos impressions, réflexions et autres sensations? N'hésitez surtout pas! Envoyez-moi un mail à:
pascaltruchet@yahoo.fr

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